La cuisine française inscrit au patrimoine de l’humanité

L’inscription, par l’UNESCO, du repas gastronomique français sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité est un magnifique paradoxe. Certes en France, le bien boire et le bien manger sont naturellement (voire génétiquement) érigés en art, mais comment peut-on déclarer un repas immatériel ?

Il convient donc de rappeler que pour la vénérable institution : « ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine ».

C’était donc cela ! Il ne s’agit pas seulement de gastronomie, mais du rituel social qui l’accompagne chez nous, cette succession de plats, cette façon de mettre la table, de marier les mets et les vins, mais aussi d’en parler, et même de mener la conversation pendant le repas.

Il est vrai que la France est une terre de prédilection pour cette pratique sociale coutumière. Chaque région, chaque terroir produit tous les ingrédients composant son repas gastronomique. Celui-ci doit respecter un schéma bien arrêté. Tout d’abord, l’apéritif – ou mise en bouche – prépare le palais. Suivent au moins quatre plats : entrée, mets de poisson et/ou de viande avec des légumes, fromage et dessert.

Bien sûr, le repas gastronomique français est indissociable du vin : chaque plat sera servi avec un vin soigneusement choisi pour une mise en valeur réciproque. Ainsi par exemple, la traditionnelle bouillabaisse, l’anchoïade ou les farcis provençaux ne sont jamais aussi savoureux qu’accompagnés d’un vin rosé AOC Côtes de Provence.

Enfin, un digestif clôture le repas. Les produits doivent être de qualité, la dégustation s’associe à une gestuelle qui permet de satisfaire l’odorat autant que le goût.

Le repas gastronomique français procède également des arts de la table (porcelaines de Limoges, dressage de la table, couverts…) et de l’art de recevoir (harmoniser les plats, placer les convives…), eux-mêmes déjà inscrits sur les tablettes de l’Unesco.

Le repas gastronomique des français est une tradition bien vivante, qui accompagne rituellement les moments importants de la vie. Il est toutefois menacé par une dérive croissante vers la restauration rapide et solitaire. Même le repas du dimanche, gastronomique et générateur de plaisir il y a à peine quelques décennies, tend à devenir un repas ordinaire, voire bâclé.

Cette inscription au patrimoine culturel immatériel de l’humanité est donc une excellente nouvelle. La préservation du repas gastronomique des Français, pratique qui resserre le cercle familial et, plus largement, les liens sociaux, donnera lieu à des manifestations culturelles et éducatives, notamment une « fête de la gastronomie française » qui aura lieu chaque année le premier jour de l’automne.

Nos ministres de l’Agriculture et de la Culture s’accordent à penser que les retombées économiques seront positives. De fait, que l’on joue la carte du tourisme ou de l’exportation, c’est l’image de la France qui grandit dans le monde au travers de ses inimitables produits de terroir. Le vin, parce qu’il se transporte et se conserve bien, et surtout parce qu’il « n’est de bon vin que français », est l’un des plus beaux fleurons de cette notoriété.

Au-delà de ces (importantes) considérations économiques, l’UNESCO a officialisé l’emblème de notre savoir-vivre. Au pays de Brillat-Savarin et d’Escoffier, le repas gastronomique possède ce caractère immatériel, cet art subtil qui transcende la simple action de s’alimenter en un moment culturel et de pur plaisir.

Vous trouverez plus d’informations sur ce sujet sur le site de L’UNESCO

Voici une sympathique vidéo qui illustre parfaitement le rituel social et les moments de plaisir partagés propres au repas gastronomique français.